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Training

Longueur des membres : quel impact sur la technique au squat et au soulevé de terre ?

Les variations de la longueur du fémur, de la taille assise et de l'architecture osseuse de la hanche dictent les bras de levier, l'inclinaison du tronc et la répartition des couples articulaires lors du squat et du soulevé de terre. Adapter la largeur d'écartement, l'orientation des pieds et le style de tirage selon les proportions segmentaires individuelles optimise l'efficacité mécanique et la gestion de la charge rachidienne.

Dernière mise à jour: 2026-09-12

Proportions anthropométriques et longueurs segmentaires

L'architecture squelettique humaine présente une mise à l'échelle générale constante, accompagnée de variations individuelles au niveau des proportions segmentaires. Des données anthropométriques à grande échelle portant sur 13 149 individus répartis dans 51 populations humaines indiquent que la longueur du fémur représente en moyenne 26,74 % de la stature totale, tandis que l'asymétrie bilatérale des membres inférieurs reste inférieure ou égale à 0,9 cm chez plus de 95 % des adultes [3]. Cependant, de subtiles variations dans le ratio de la longueur du fémur par rapport à la taille totale debout, de la longueur du tibia et de la longueur du torse (taille assise) modifient considérablement la configuration spatiale nécessaire pour équilibrer la charge externe d'une barre au-dessus de la base de sustentation [2, 4].

En force athlétique de compétition, les profils anthropométriques sont corrélés aux performances de force maximale dans l'ensemble des mouvements [22]. La circonférence du torse constitue un facteur prédictif positif significatif de la force maximale absolue au squat, au développé couché et au soulevé de terre [22]. De plus, le ratio envergure/taille prédit positivement la force maximale relative au soulevé de terre, tout en prédisant de manière inverse la force relative au développé couché [22]. Au niveau segmentaire, les variations des dimensions transversales du bras par rapport à sa longueur correspondent également à la mécanique de poussée [24]. Dans les mouvements polyarticulaires du bas du corps, les longueurs des membres et les ratios segmentaires dictent les bras de levier que le système musculo-squelettique doit surmonter [2, 5].

Biomécanique du back squat à la barre

Ratios fémur/torse et moments sagittaux

Lors d'un back squat à la barre, le centre de masse du système athlète-charge doit rester équilibré au-dessus du milieu du pied [2]. Les athlètes présentant des fémurs relativement longs par rapport à leur torse doivent déplacer leur bassin plus en arrière pour maintenir cet équilibre [2, 4]. Ce déplacement postérieur décale le vecteur de force de réaction au sol plus en avant de l'axe de la hanche et plus en arrière de l'axe du genou, allongeant ainsi le bras de levier de flexion de la hanche et augmentant les sollicitations sur les extenseurs lombaires, tout en réduisant le bras de levier de flexion du genou [2]. À l'inverse, un tibia plus long projette le genou plus en avant, ce qui augmente le bras de levier au niveau du genou, abaisse le segment de la hanche et permet une orientation du tronc plus verticale [4]. Une longueur de cuisse plus importante accroît directement le déplacement antérieur du genou et les moments d'extension du genou, tandis qu'un ratio tibia/cuisse plus élevé est corrélé à des angles d'abduction et de rotation interne du genou accrus lors de la descente [5].

Le positionnement de la barre module également la longueur fonctionnelle du torse : placer la barre plus haut sur les trapèzes simule un torse plus long, ce qui favorise une posture plus redressée, tandis qu'une position barre basse (low-bar) augmente l'inclinaison du tronc au niveau de la parallèle, élevant les exigences relatives au bras de levier de la hanche et le recrutement de la chaîne postérieure [4]. En comparant ces configurations, un squat en barre basse avec un écartement large génère de plus grandes contributions du moment de l'articulation de la hanche, tandis qu'un squat en barre haute avec un écartement étroit produit des contributions plus importantes au niveau du genou, une activité électromyographique supérieure du vastus lateralis et un recrutement réduit du gluteus maximus [6].

Fémur long / Torse court : Le bassin se décale vers l'arrière -> Bras de levier de hanche plus long -> Sollicitation accrue des extenseurs lombaires
Tibia long / Torse long   : Les genoux avancent              -> Bras de levier de genou plus long  -> Posture du tronc plus verticale

Largeur d'écartement, orientation des pieds et morphologie de la hanche

Modifier la largeur d'écartement des pieds et leur angle d'ouverture constitue une stratégie efficace pour altérer les longueurs segmentaires effectives dans le plan sagittal. Élargir l'écartement des pieds lors du squat induit une rotation externe et une abduction fémorale, ce qui raccourcit virtuellement la longueur sagittale de la cuisse par rapport à la trajectoire de la barre [1, 4]. Cette réorientation spatiale rapproche les articulations de la hanche et du genou de la ligne verticale de gravité, facilitant un positionnement plus vertical du tronc et du tibia [4]. Par rapport aux écartements étroits (75 % à 100 % de la largeur des épaules), les écartements larges (150 % à 200 % de la largeur des épaules) augmentent les moments de valgus du genou de 23 % et élèvent les moments de rotation externe de la hanche de 19 % à 37 % [1]. Ouvrir les pieds de 30 degrés vers l'extérieur réduit le moment de valgus du genou de 50 % et le moment de rotation externe de 20 %, augmente le moment de varus du genou de 80 %, et élève l'activation des adducteurs de la hanche de 13 % de la contraction volontaire isométrique maximale (CVIM) en position neutre à 17 % de la CVIM à 30 degrés et 23 % de la CVIM à 50 degrés, sans modifier le recrutement des quadriceps [1].

L'anatomie structurelle individuelle dicte la pertinence mécanique de ces ajustements de posture. Une version fémorale normale oriente le col du fémur vers l'avant d'environ 15 degrés, avec des valeurs moyennes d'antéversion de 7 degrés chez les hommes caucasiens et de 14 degrés chez les hommes chinois [7]. La rétroversion fémorale s'observe dans diverses populations (prévalences de 24,1 % chez les hommes caucasiens, 15,1 % chez les hommes afro-américains et 14,3 % chez les femmes) [7]. L'antéversion fémorale augmente la rotation interne disponible tout en restreignant la rotation externe, favorisant des écartements modérés à étroits ; à l'inverse, la rétroversion fémorale augmente la rotation externe et limite la rotation interne, favorisant des écartements plus larges avec les pieds ouverts afin de prévenir les conflits osseux fémoro-acétabulaires et les mouvements lombo-pelviens compensatoires [8]. De plus, l'angle cervico-diaphysaire du fémur influence la capacité d'abduction : une coxa vara (angle < 125 degrés) entraîne un contact précoce du col fémoral contre le rebord acétabulaire lors d'une abduction large, tandis qu'une coxa valga permet une abduction importante avec un recrutement élevé de l'adductor magnus [10].

Les ratios structurels fémur/tibia ne sont pas corrélés à la rétroversion prématurée du bassin en bas du squat (« butt wink ») ; les limitations de profondeur et l'enroulement pelvien sont principalement régis par une restriction de l'amplitude de dorsiflexion de la cheville et par des facteurs de contrôle moteur [3]. Obtenir une inclinaison du tronc par une flexion lombaire plutôt que par une flexion de la hanche compromet la tolérance aux charges compressives et altère la résistance de la colonne vertébrale aux forces de cisaillement antérieur, tandis que le maintien d'une colonne neutre préserve le bras de levier des extenseurs pour gérer la charge rachidienne en toute sécurité [1].

Biomécanique du soulevé de terre conventionnel et sumo

Inclinaison du tronc, cinétique rachidienne et leviers segmentaires

Le choix entre le soulevé de terre conventionnel (CDL) et le soulevé de terre sumo (SDL) est fortement influencé par les longueurs segmentaires anthropométriques. Dans le soulevé de terre conventionnel, les pieds sont placés à l'intérieur des mains, ce qui positionne les hanches plus loin derrière la barre [16]. Cette configuration crée un bras de levier sagittal plus important à la hanche et nécessite une inclinaison du tronc plus marquée vers l'avant [9, 16]. En revanche, l'écartement large du soulevé de terre sumo place les cuisses en abduction, ce qui réduit la distance horizontale sagittale entre les articulations de la hanche et du genou et rapproche le bassin de la barre [11, 16]. Cette orientation réduit l'inclinaison du tronc, raccourcit la distance de tirage et diminue le stress mécanique ainsi que les exigences d'extension imposées au rachis lombaire [9, 15].

Lors de soulevés de terre maximaux et quasi maximaux, le rachis est exposé à des contraintes substantielles, les forces de compression atteignant 5 à 18 kN et les forces de cisaillement oscillant entre 1,3 et 3,2 kN [12]. Au décollage à 1RM, les forces de compression en L4/L5 varient de 7 942 N à 18 449 N chez les hommes et de 5 090 N à 8 018 N chez les femmes, accompagnées de forces de cisaillement de 2 150 N à 3 276 N chez les hommes et de 1 363 N à 1 778 N chez les femmes [12]. Les moments nets en L4/L5 lors d'un 1RM atteignent 445 à 1 071 Nm chez les athlètes masculins [12]. Grâce à un angle de tronc plus vertical, le soulevé de terre sumo réduit les exigences d'extension rachidienne d'environ 10 % par rapport au style conventionnel [9]. Une flexion rachidienne (enroulement thoracique et lombaire) est parfois adoptée lors du tirage conventionnel pour abaisser les articulations des épaules et raccourcir la longueur effective du tronc, rapprochant ainsi les hanches de la barre pour réduire le bras de levier initial à la hanche, bien que cela nécessite une extension rachidienne active pour verrouiller la barre [11].

Soulevé conventionnel : Inclinaison du tronc plus importante -> Forces de cisaillement et compression lombaires accrues -> EMG supérieur de l'erector spinae et du biceps femoris
Soulevé sumo          : Tronc plus vertical                -> Déplacement vertical raccourci                          -> EMG supérieur du vastus lateralis et sollicitation accrue des adducteurs

Activation musculaire et prédicteurs anthropométriques

Les évaluations électromyographiques lors de soulevés de terre à 85 % du 1RM montrent que le style conventionnel génère des moments d'extension de hanche plus élevés, une plus grande flexion de hanche et une activation maximale supérieure du biceps femoris tout au long du mouvement, ainsi que de l'erector spinae thoracis lors de la seconde phase [9]. Inversement, le style sumo génère des moments articulaires plus importants dans les plans frontal et transversal au niveau de la hanche et du genou, accompagnés d'une activation plus élevée du vastus lateralis dans la phase initiale [9]. Bien que la distance sagittale entre la hanche et la barre soit plus courte en style sumo, l'extension de la hanche s'effectue de manière multiplanaire le long de fémurs en abduction et rotation externe ; lorsqu'ils sont projetés dans le plan de l'axe articulaire du fémur, les bras de levier résultants à la hanche et les exigences de couple d'extension de hanche sont presque identiques entre les deux styles [10].

Les prédicteurs anthropométriques influencent systématiquement les avantages individuels de levier selon le style de tirage. Les recherches évaluant la relation entre les dimensions segmentaires et la performance selon la variante ont identifié le ratio taille assise/taille totale comme le seul facteur prédictif anthropométrique significativement corrélé au ratio de force sumo/conventionnel (r = 0,297, p = 0,043) [15]. Un ratio taille assise/taille totale plus élevé (torse plus long par rapport aux membres) favorise mécaniquement le soulevé de terre sumo en compensant la longueur du torse par une posture plus verticale, tandis qu'un ratio plus faible (torse plus court et membres plus longs) favorise le soulevé de terre conventionnel [15]. De plus, la longueur des jambes est positivement corrélée au 1RM absolu en conventionnel chez les hommes, tandis que la taille, la longueur des jambes et la longueur des bras sont négativement corrélées à la force relative chez les femmes [15].

Directives pratiques de sélection des postures

Caractéristique anthropométriqueConfiguration de squat privilégiéeConfiguration de soulevé de terre privilégiéeMécanisme biomécanique
Fémur long / Torse courtÉcartement modéré à large avec pieds ouverts ; barre basseSoulevé de terre sumo (ou conventionnel avec angle de flexion de hanche élevé)Raccourcit virtuellement la longueur sagittale de la cuisse, rapprochant le centre de masse de la ligne médiane du pied [1, 4, 15].
Torse long / Fémur courtÉcartement étroit à modéré ; barre hauteSoulevé de terre conventionnelMinimise le bras de levier à la hanche sans inclinaison excessive vers l'avant ; exploite le torse court pour limiter le cisaillement rachidien [2, 15].
Rétroversion fémorale / Coxa ValgaÉcartement large avec ouverture des pieds de 30° à 45°Soulevé de terre sumoAligne l'anatomie de la hanche avec la rotation externe et une abduction large, évitant le conflit osseux acétabulaire [8, 10].
Antéversion fémorale / Coxa VaraÉcartement étroit à largeur d'épaules avec ouverture minimaleSoulevé de terre conventionnelS'adapte à la rotation interne disponible de la hanche ; prévient le contact précoce du col fémoral [8, 10].

Références

Sources web

  1. A Biomechanical Review of the Squat Exercise - PMC - NIH
  2. Anthropometric Biomechanics in Compound Barbell Lifts
  3. Femur Length and Squat Form
  4. How Squat Anthropometry Impacts Your Squat Technique
  5. Influence of Thigh and Shank Lengths and Ratios on ...
  6. Effects of Stance Width and Barbell Placement on ...
  7. How to Find your Best Squat Stance
  8. Hip Version & Lower Limb Biomechanics Understanding ...
  9. Biomechanical analysis of conventional and sumo deadlift - PMC
  10. Sumo vs Conventional Deadlift: Hip Anatomy Should Decide
  11. Deadlift Form: Sumo vs Conventional, Round Back vs Flat Back
  12. Low Back Biomechanics during Repetitive Deadlifts - PMC - NIH
  13. Sumo vs conventional deadlift biomechanics
  14. (PDF) Comparison of Sumo and Conventional Deadlifts
  15. Anthropometrical Determinants of Deadlift Variant Performance - PMC
  16. Conventional vs Sumo Deadlift — Deep Dive into Biomechanics It's ...
  17. BIOMECHANICAL, ANTHROPOMETRIC, AND ...
  18. [PDF] Anthropometrical Determinants of Deadlift Variant Performance
  19. The Relative Orientation of the Trunk and Tibia can be Used to Estimate ...
  20. Relationships between physical characteristics and biomechanics of ...
  21. (PDF) The Effect of Stance Width and Anthropometrics on Joint Range of ...
  22. Relationships Between Anthropometry and Maximal Strength in ...
  23. Anthropometric dimension of male powerlifters of varying body mass
  24. Factors Underlying Bench Press Performance in Elite Competitive ...

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